artiste/ Benzaquen

France

Si vous suivez notre sélection d’artistes, notre approche de celle-ci, vous savez que l’un de nos critères, et sûrement le plus important, c’est leur sincérité. En ce sens qu’ils ou elles ne produisent pas pour faire de l’art, ou pour vendre, mais parce que c’est leur moyen d’expression, indispensable, et indissociable de leur personnalité, de leur Être, de leur Vie. L’œuvre n’est pas une fin en soi, mais un moyen, un medium. Ce n’est donc pas étonnant que le cheminement de nos artistes commence très souvent par « ça remonte à mon enfance ».

Virginie Benzaquen en fait partie, et j’aurais envie de dire, plus encore que d’autres. Car ce qu’est la peinture, pour Virginie, est inscrit (dans tous les sens du terme) dans son processus créatif. Vous allez comprendre ….

« Ça remonte à Casablanca, où je suis née et où j’étais une enfant puis une ado solitaire. Très tôt je me suis mise à dessiner. Beaucoup d’ambiances, des salons, souvent ces portes bleues anciennes caractéristiques du Maroc, qui me fascinaient…
Arrivée en France à 17 ans, je découvrais l’abstraction qui caractérise mon travail d’aujourd’hui. Mais le dessin a toujours, toujours été là. Comme un ami cher, un confident, essentiellement nocturnes. Ce sont mes toiles parce que je leur raconte tout et cela a été, et est encore mon jardin secret, mon journal intime ».
Journal intime m’explique telle… C’est autant au sens propre que figuré… Car sachez qu’avant de peindre la toile, Virginie Benzaquen commence par la noircir de textes… pour ensuite les recouvrir intégralement… « Déjà petite, avant de peindre, j’écrivais un scenario que le dessin ou la peinture mettait ensuite en scène… Et déjà, j’avais pour principe de faire disparaître le texte, jetant le brouillon. Cela est devenu et est resté mon rituel… J’écris désormais directement sur la toile au feutre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place ». Qu’écrit-elle ? Elle seule le sait. Car c’est de l’ordre de l’intime. Ses rencontres, des émotions, sa vie, ses « conneries » aussi pour reprendre ses termes, des prières aussi, de la colère, des injures. Elle s’y raconte, s’y ouvre, y met son âme et sa personnalité à nue. « Cela me prend des heures, en musique, accompagnée d’un verre de vin. Mes secrets couvrent mes toiles ».
Vient alors l’étape de la peinture… D’abord Virginie s’attache à tout recouvrir pour ensuite créer ce qui sera l’œuvre finie, qui est en lien direct avec ce qu’elle dissimule, seule Virginie le sait et en connait les « codes ». Vous y verrez de l’abstraction mais, pour Virginie Benzaquen, c’est la figuration de ce que son texte raconte, dont les couleurs, les lignes droites ou courbes sont guidées par ses émotions.

Autre particularité : aucun pinceau… Tout est à la main. A quelques exceptions près : des bandes de scotch pour les lignes qu’elle veut droites ; parfois du papier à journal, qu’elle froisse et frotte pour étendre et travailler la matière et la couleur ; ou encore des baguettes à brochettes qui lui servent aussi pour faire des rayures dans la matière où pour réécrire des mots du texte, des mots importants pour elle, même si elle les fait re-disparaître, et qu’elle seule voit parce qu’ils sont « là ». « Je déteste l’idée, je déteste les pinceaux, car ça m’éloigne de la toile quand je suis avec des pinceaux alors que je veux cette proximité, ce contact…. Je ne peins qu’avec mes mains … j’adore ça » me confie-t-elle.

Quant à sa palette de couleur, le noir est prédominant… Travailler le noir est un plaisir extrême, issu également de son enfance car elle avait pour habitude d’aller s’isoler dans la cave à charbon de sa maison et en avait exploré les possibilités sur ses feuilles à dessin. Aujourd’hui, pour sa texture, sa matière, Virginie Benzaquen explore le noir. Pas étonnant que Virginie soit une inconditionnelle de Soulages… Mais avec toute l’humilité qui la caractérise : « Je suis assez timide avec le noir. Si je n’étais pas aussi respectueuse qu’humble devant les œuvres de Soulages, j’utiliserais plus le noir voire parfois exclusivement le noir… c’est joyeux, lumineux, intense en émotions. Regarder un Soulages m’émeut énormément, mais aussi génère un sentiment de familiarité car j’y vois mes gestes et les siens, l’imaginant dans son atelier. J’ai eu la chance de le rencontrer… Un moment de pure magie ». Pas étonnant non plus que son autre référence artistique soit Hartung, que je vous invite à découvrir si vous n’en connaissez pas les œuvres. Vous comprendrez alors le goût prononcé de Virginie pour les courbes, droites, cette part de géométrie, comme pour le bleu, rouge, jaune… « Quand j’ai commencé à peindre, j’étais non entachée de la peinture de Soulages ni Hartung que j’ai découvert plus tard et dont je me sens si proche ».

Son parcours ? A l’image de ses œuvres … fait de confidentialité. Les œuvres de Virginie Benzaquen sont très longtemps tenues secrètes et réservées à sa seule intimité, propre à sa démarche. Ce n’est qu’à l’âge de 30 ans qu’elle sympathise avec un galeriste, Pierre Georgio Corchia, à qui elle finit par révéler qu’elle peint elle-même et à qui elle ouvre les portes de son atelier. Fasciné par l’artiste et ses œuvres, il s’entend avec elle pour une exclusivité. Très vite les expositions s’enchaînent, en France et en Italie, et rencontrent un réel succès… Tout aussi vite elle séduit des collectionneurs avertis dont un qui va marquer Virginie : Dominique Imbert, fondateur des cheminées FOCUS. Jusqu’à sa mort il entretiendra une passion pour le travail de Virginie. « Je crois qu’il a écrit un des plus beaux textes sur mon travail – (cf ci-dessous) – Je pense souvent à lui, et souvent les textes qui recouvrent mes œuvres sont telles des lettres que je lui écris, et me confie à lui. ». Mais au décès de Pierre Georgio Corchia, la collaboration s’arrête et si d’autres galeries font alors des propositions à Virginie. Et puis de plus en plus de collectionneurs la soutiennent. « un d’entre eux à eux envie de diffuser un film sur mon travail avec une exposition au Gaumont Multiplexe de Montpellier qui a été un véritable succès ». Mais elle ne cherche ni la notoriété ni à se disperser… et encore moins à produire pour alimenter « trop » de galeries… A l’image de ses œuvres qu’elle imprègne en émotions et en secrets intimes, le statut d’artiste confidentiel va très bien à Virginie.

Outre son talent, c’est aussi une des raisons pour lesquelles nous sommes d’autant plus fiers et heureux de vous la présenter et de la représenter, et d’avoir sa confiance. Ses œuvres nous aspirent, nous inspirent, nous transpercent… Mais je vous laisse découvrir ses œuvres pour les apprécier et ci-dessous les mots de Dominique Imbert quant à ce que lui inspiraient les œuvres de Virginie Benzaquen.

Texte de Dominique Imbert

 » Peindre, c’est hurler en silence » dit Virginie Benzaquen, la rebelle.

Transformant ses mains en pinceaux et dansant avec le noir, Virginie, habitée par la peinture comme par un spectre, est, en permanence, en quête d’absolu. Son mode de peindre est une respiration chaotique incessante, conquérante, nécessaire à sa survie.

Son regard bataille et balaye brutalement l’espace, ses crispations se bousculent, s’entrechoquent et parviennent alors à créer une harmonie jubilatoire improbable.

Étonnamment, Virginie Benzaquen couche des mots, des phrases personnelles, des prières ou des injures, sur ses toiles avant de commencer à peindre. Elle les enterre ensuite, elle les transforme en secrets indétectables, avec la peinture qu’elle inflige, qu’elle assène dessus avec ses mains, ses bras et sans pinceau.

Et les couches se suivent, se raclent, râpent et ripent les unes après les autres en se bousculant, en s’houspillant, en se percutant sans égards.

Alors les noirs apparaissent. De plus en plus nombreux. Goudron sur goudron. Matière sur matière. Reliefs sur reliefs, ils s’installent, laissant peu de place au non-noir. Ces noirs cependant sont pétris à la main et, alimentés par la lumière, ils guident celle-ci au lieu de la subir.

Non, ce ne sont pas des noirs moroses, amers ou taciturnes, ce sont des noirs qui vibrent, qui vivent, des noirs de défis, d’insoumission, de rébellion, comme l’est Virginie B. elle-même.

Surgissent alors, entre ces lignes qu’elle donne à lire, des bleu-verts emprisonnés, des ambres, des havanes ou des bronzes patinés qui nous font comprendre, qu’avec ses yeux bleus, elle ne jette en rien un regard noir sur la vie.

« Je suis enchainée par le souvenir des êtres aimés qui ne sont plus! Ils sont au bout de mes doigts… » dit-elle.

C’est ainsi qu’elle atmosphérise ses toiles, qu’elle recrée la vie, l’intensifie et l’exalte.

Dominique Imbert

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